L’Oublié. Épisode 1/3

Un jour, une nuit. Encore un jour et encore une nuit. Qu’est-ce qu’une semaine quand on la passe devant son ordinateur ? J’ai 16 ans, je m’appelle Antoine et ça fait 3 mois que je suis comme ça, immobile devant mon PC, sauf pour manger, aller aux toilettes ou me reposer trois ou quatre heures. Vous vous demandez sûrement comment j’ai pu en arriver là ? Au point que mes parents se fichent du temps passé devant mon ordi ? Au point de ne plus aller en cours ?

C’est simple : le monde m’a oublié. Ma mère est morte il y a trois ans d’une infection. Une bête plaie au genou, lors de notre safari au Kenya. Mon père, lui, s’est laissé mourir de chagrin petit à petit. Si je ne suis pas allé en internat ou à l’orphelinat, c’est entièrement grâce à mes « talents ». Pendant les mois qui ont suivi le décès de mes parents, mon oncle et ma tante maternels m’ont hébergé, « le temps qu’on te trouve un bon institut ». Bien entendu, j’étais dévasté. Comme n’importe-qui l’aurait été. Mais ce drame me permettait de recommencer une vie, celle que j’avais toujours voulu mener. J’ai attendu l’enterrement de mes parents, puis, la nuit suivante, je suis parti.

Ma grand-mère paternelle vivait en Bretagne. J’étais venu la voir plusieurs fois avant qu’elle ne meure. Dans mes souvenirs elle habitait une vieille bâtisse mal entretenue dans un coin paumé du Finistère. C’est là qu’il me fallait aller. Avant d’ouvrir la porte et de m’en aller, je pris une liasse de billets. J’avais vu mon oncle les fourrer sous le divan, la veille. « Pour la bonne cause », me dis-je. Je les dépensai successivement pour prendre le RER et rejoindre mon ancienne maison. J’entrai, et m’effondrai immédiatement devant le portrait de nous trois, posé sur le buffet juste devant la porte d’entrée.

Je fis le plus rapidement possible, car rester dans ce lieu était la dernière chose dont j’avais envie.

Je pris tout ce à quoi je tenais, un maximum d’argent, le portrait de mes parents et les clés de la voiture et de la maison, que je fermai à clé avant de m’installer dans la voiture. Pendant mon trajet vers la maison de ma grand-mère, je privilégiai les petites routes plus discrètes, car il ne fallait absolument pas que quelqu’un me voit conduire une voiture. Il me fallut un jour complet pour arriver là-bas.

La maison de ma grand-mère était peu attirante d’extérieur, mais l’intérieur n’avait pas bougé. Broderies, tapisseries et dentelle partout. Beurk. Pas à mon goût.

Il fallut que je me rende à Brest pour trouver une grande surface et que j’achète trois ordis neufs, une box, tout le matériel informatique qui allait avec et assez de provisions pour tenir quatre ans, même en Sibérie. Le caissier me regarda avec des yeux ronds et me tendit une addition longue de plusieurs mètres. Je lui tendis la liasse de billets, fourrai tout dans trois caddies et rejoignis la voiture. J’étais prêt…

Suite au prochain épisode

La Mine affûtée.

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