La Semaine. Épisode 2/2

Épisode précédent.

Plus tard, pendant une promenade, un long hurlement retentit sous terre. Joseph savait que dix mètres en dessous de cette partie de la ville s’étendaient de grands laboratoires scientifiques qui faisaient des recherches sur des animaux malades. Parfois les soins étaient validés et étaient commercialisés, d’autres fois non. Le garage du laboratoire s’ouvrit et un fourgon de police s’y engagea, aussitôt contrôlé par la sécurité. Les recherches étaient très bien gardées.

A ce moment, un grand panneau s’éleva et la tête du Gardien de la Société apparut : « En cet avant-dernier jour de la Semaine, le gouvernement a publié les chiffres du Rendement. Grâce à la participation de tous, l’économie va de mieux en mieux. Il n’y a plus de chômage et le nombre de détenus est de quelques centaines de personnes. La paix règne, il n‘y a pas eu le moindre attentat depuis plus de trente ans. La recherche avance à grands pas. Bravo à tous et à toutes. Vive la Société ! » La foule accueillit ces nouvelles avec un hurlement de joie.

Le lendemain, Joseph était descendu dans la rue pour aller acheter du pain quand le ciel prit une couleur or. C’était le Jour. Dans toute la ville des hauts parleurs hurlèrent : « Gloire à nos pères, gloire à nos pères qui, il y a mille ans, se battirent pour ériger la Société. Le Jour est arrivé. »

Joseph rentra chez lui quand les sirènes de la police retentirent.

On frappa à la porte.

Il ouvrit.

C’était Karl.

 

Il était essoufflé et avait l’air d’avoir couru longtemps.

« Qu’est-ce qui t’arrive ? » demanda Joseph.

« La police me poursuit » répondit Karl.

– Mais pourquoi ?

– Ils ont découvert que je faisais partie d’un groupe de révolutionnaires, répondit Karl.

 

Joseph faillit s’étrangler : « Quoi ??? »

– Je n’en pouvais plus de vivre dans cette dictature sans rien faire.

– Mais Karl, on vit dans une démocratie, voyons.

– Un état où les dirigeants sont élus de père en fils avec 95% des voix à chaque fois ?  Un état où tous les représentants des autres partis sont victimes de mystérieuses maladies, où on tue, on torture, on fait des esclaves, tu appelles ça une démocratie, Joseph ?

– Mais tu es malade, dit Joseph, il n’y a rien de tout ça ici !

– Je connaissais ton voisin, répondit Karl, il pensait comme moi. Tu ne trouves pas ça étrange qu’il soit parti en voyage, sans que personne ne l’ait su avant qu’il ne soit plus là, que personne n’ait de nouvelles de lui ?  Que la police recrute toujours plus alors que nous sommes censés être le pays le plus sûr au monde, que les cris qui sortent des laboratoires ressemblent tellement à des cris humains ? Tu sais ce qu’on construit en face de chez toi ?

– Une prison, dit Joseph, abasourdi.

– Étrange pour un pays où le nombre de détenus est de quelques centaines de personnes ! Sans parler des Travailleurs volontaires, tellement volontaires que des policiers doivent les rattraper quand ils s’échappent… Joseph, nous vivons dans une dictature ! »

Joseph entrevit le néant dans lequel il risquait de plonger. Toute sa vie était basée sur des certitudes. Des certitudes que Karl appelait des mensonges.

Il balbutia « Non, Karl tu ne peux pas avoir raison. ». Il ne savait plus où il en était. On frappa à la porte. Karl courut se cacher. Joseph ouvrit. C’était la police. « Un dangereux terroriste est rentré dans votre immeuble, l’avez-vous vu rentrer ? » lui demanda un homme lourdement armé.

En se retournant après avoir répondu, Joseph croisa le regard de Karl.

Le regard d’un homme qu’il avait trahi.

 

Fin

 

Lézard Ticho

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